Quête du Graal et Mystères de l’homologation

C’est l’histoire d’un masque …

Lorsque nous avons lancé le projet de l’Usine Invisible en avril 2020, l’objectif n’était pas seulement de produire à grande échelle un masque lavable à destination des collectivités et de fournir un travail utile & justement rémunéré aux couturières et couturiers de notre territoire. Il était essentiel pour nous de pouvoir proposer un modèle confort et conforme, fabriqué avec le tissu adéquat. En effet, le masque n’est pas un produit comme les autres. C’est un dispositif sanitaire, et il doit répondre à des critères précis.

Le choix du modèle s’est rapidement porté sur le masque conçu par Gwenn Suanez, co-créatrice brestoise de l’Usine Invisible, en concertation avec des professionnels de santé et les employés d’une boulangerie industrielle. Inspiré d’un masque coréen, il emboîte parfaitement le visage tout en offrant un espace de respiration confortable.

La quête du tissu certifié fut une autre paire de manche. Dès le départ, notre ambition était d’avoir un tissu homologué en catégorie 1, fabriqué en France. Un sacré défi au vu de la tension extrême qui régnait sur le marché du tissu à l’époque. Pour débusquer le tissu idéal, il a d’abord fallu décortiquer la base de données « Matières » publiée par l’ifth. Cette liste fluctuant au fil des actualisations, il ne fut pas simple de s’y retrouver, mais nous finîmes par repérer celui qu’il nous fallait à la ligne 338 (VOIR la page correspondante de la base de données Matières de l’Ifth).

Le tissu étant choisi, encore fallait-il le trouver et, surtout, y accéder. Les fabricants étaient assaillis de demandes. Dès que l’un d’entre eux obtenait l’homologation, les gros acheteurs comme la ville de Paris ou de grandes collectivités passaient commande. Le tissu était vendu avant même d’être sorti des lignes de production. Par l’intermédiaire de monsieur Bougnoux, fondateur des Tissus Myrtille, nous avons trouvé notre bonheur en Alsace : le « Rêverie Milano », coton toile en 57 fils, homologué en catégorie 1 avec 94% de filtration des particules à 3μ, selon le rapport d’essais réalisé en accord avec la DGE sous recommandation de la DGA & fourni par le Pôle Textile Alsace (VOIR le rapport d’essais du Pôle Textile Alsace).

On était dans une démarche industrielle, il nous fallait minimum 10 000 m de tissu. Fortes du soutien des Communautés de Communes du Morbihan obtenu le 17 avril, Golfe du Morbihan Vannes Agglomération en tête, nous avons réussi à nous immiscer dans la ligne de commandes et à réserver la matière première nécessaire pour lancer la production dès le 1er mai (on vous passe les rebondissements au sujet de l’acheminement, en pleine grève des transporteurs, avec des plateformes logistiques tournant au ralenti).

Avec notre masque particulièrement couvrant, réalisé en 3 couches et fabriqué avec un tissu certifié en catégorie 1, nous étions certaines d’obtenir l’homologation du Mask’Imum en catégorie UNS1. Nous avons donc lancé la procédure de certification auprès de la DGA. A la réception du rapport d’essais, nous avons eu la surprise de lire que notre Mask’Imum était homologué en catégorie 2, les tests ayant conclu à une filtration des particules à 3μ de 80% (VOIR le rapport d’essais de la DGA). Une autre démarche, engagée un peu plus tard auprès de l’Ifth par la Communauté de Commune de Brest Métropole, confirmera l’homologation en catégorie 2, annonçant cette fois un taux de filtration des particules à 3μ de 72 % (VOIR le rapport d’essais de l’Ifth).

Comment un masque hyper couvrant, fabriqué en 3 couches de tissu certifié en catégorie 1 pour 3 couches, peut-il être homologué en catégorie 2 ? Les divergences de résultats entre les essais réalisés par 3 organismes différents restent pour nous un mystère, et soulèvent quelques questions quant aux processus d’homologation. Cela dit, nous conformant aux résultats fournis par la DGA et l’Ifth, nous présentons notre Mask’Imum comme un masque de catégorie UNS2.

Entre le 1er mai et le 10 juillet 2020, l’Usine Invisible a livré 190 000 masques à destination de 11 communautés de communes du Morbihan ainsi qu’à celle de Brest Métropole. 230 couturières et couturiers du Morbihan et du Finistère ont participé à cette production, rassemblés au sein d’une coopérative éphémère qui a généré pour ces seules commandes quelques 1,2 millions de chiffre d’affaire.

Nous sommes convaincues de la qualité et l’efficacité du masque de l’Usine Invisible, confectionné localement, avec un grand professionnalisme et beaucoup d’engagement, par les centaines de couturières et couturiers de notre formidable réseau.

Ni médecins, ni scientifiques, nous n’avons pas d’avis sur les recommandations récentes concernant la catégorie à privilégier pour les masques. En revanche, nous défendons la classification de notre masque en catégorie 1 au vu de l’homologation de notre tissu en catégorie 1. Nous comptons donc interpeler le Pôle Textile Alsace, la DGA et l’Ifth pour obtenir les explications sur ces dissonances.

Continuez vous aussi à soutenir le Mask’Imum de l’Usine Invisible. Pour vous le procurer, contactez directement les couturières qui le fabriquent pour les particuliers. Vous trouverez leurs coordonnées sur notre carte en ligne :  VOIR la CARTE